La Liberté

L’illusion citadine

La nature a bien du mal face à la concurrence métallique. © Amédée Hirt
La nature a bien du mal face à la concurrence métallique. © Amédée Hirt
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05.10.2021

C’est ringard!

L’exode rural, c’est dépassé. Notre chroniqueur raconte pourquoi.

Quand on grandit à la campagne, on regarde souvent la ville d’un œil envieux. Il est clair que, face à l’absence quasi-totale d’activités propres à divertir la jeunesse en milieu rural, les cités prennent rapidement des airs d’Eldorado. La ville grouille de vie. La nuit, le sommeil cède face à l’effervescence des intérieurs citadins. Salles paroissiales, épiceries locales et auberges communales ne font pas le poids face aux cinémas, bars, et boîtes de nuit. Alors forcément, quelle excitation quand un campagnard monte (ou descend – car curieusement, la ville n’est jamais à la même hauteur que la campagne) en ville.

Pour certains ruraux, des expériences citadines ponctuelles sont largement suffisantes. Mais d’autres, attirés par les nombreuses opportunités culturelles, professionnelles ou éducationnelles, s’installent durablement en ville. Les premières semaines sont souvent intenses. Ce nouveau monde cosmopolite ne laisse que peu de temps pour respirer. Les soirées s’enchaînent jusqu’à plus soif, les restaurants jusqu’à saturation et les fêtes jusqu’à épuisement. Les villes ne dorment jamais, leurs habitants encore moins.

Le soufflé retombé, le campagnard déchante. Les jours de grisaille automnale, le décor bétonné fait peu pour remonter le moral. Il y a bien les parcs, rares poumons de verdure au milieu des tours de verre et d’acier. Mais on y a mis des barreaux: c’est la nature en cage. On se souvient alors du champ du voisin et des vaches. Leurs cloches, exaspérantes à l’époque, nous semblent bien poétiques face aux cris des sirènes et aux rugissements des moteurs. Leurs beuzes ont ce parfum d’authenticité saine que n’ont pas les fumées d’échappement. Ainsi, perdus dans la masse anonyme des HLM, on regrette l’esprit villageois où tout le monde se salue. Car finalement, on y est quand même bien, dans cette campagne perdue. AMÉDÉE HIRT

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