La Liberté

07.07.2020

Crimes de guerre et possibles crimes contre l'humanité à Idleb

Le président de la Commission d'enquête indépendante sur la Syrie Paulo Sergio Pinheiro alerte sur les dizaines de crimes de guerre perpétrés à Idleb en Syrie (archives). © KEYSTONE/MARTIAL TREZZINI
Le président de la Commission d'enquête indépendante sur la Syrie Paulo Sergio Pinheiro alerte sur les dizaines de crimes de guerre perpétrés à Idleb en Syrie (archives). © KEYSTONE/MARTIAL TREZZINI
Le président de la Commission d'enquête indépendante sur la Syrie Paulo Sergio Pinheiro alerte sur les dizaines de crimes de guerre perpétrés à Idleb en Syrie (archives). © KEYSTONE/MARTIAL TREZZINI
Le président de la Commission d'enquête indépendante sur la Syrie Paulo Sergio Pinheiro alerte sur les dizaines de crimes de guerre perpétrés à Idleb en Syrie (archives). © KEYSTONE/MARTIAL TREZZINI
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07.07.2020

Des dizaines de crimes de guerre et de possibles crimes contre l'humanité ont été perpétrés à Idleb de novembre dernier à début juin. Moscou est ciblé dans deux assauts. Les enquêteurs indépendants de l'ONU sont inquiets des effets du Covid dans cette zone syrienne.

Le gouvernement avait lancé une campagne pour reprendre cette ville où des millions de personnes étaient déplacées. Ces violences ont poussé un million de civils à fuir Idleb en trois mois, en raison d'actes qui vont de bombardements indiscriminés à des arrestations en passant par de la torture.

Dans son rapport publié mardi à Genève, la Commission d'enquête indépendante de l'ONU sur la Syrie dénonce des dizaines d'assauts "emblématiques" ces derniers mois contre des centres de santé, des écoles, des marchés ou des maisons. Ceux-ci ont fait plus de 580 victimes civiles. Les enquêteurs indépendants affirment aussi que les déplacements forcés dus aux bombardements menés par les forces progouvernementales peuvent équivaloir à des crimes contre l'humanité.

Le président de la Commission Paulo Sergio Pinheiro s'est dit "horrifié". "Il est clair" que le gouvernement syrien et des groupes terroristes ont violé le droit international humanitaire (DIH) et "les droits des civils syriens", ajoute-t-il.

Pillages ciblés

"La population d'Idleb est piégée, redoute les affrontements et est victime d'abus de toutes les parties", a-t-il dit à la presse. Celles-ci sont toutes en cause, y compris les djihadistes du Hayat Tahrir al-Cham (HTS), selon le rapport demandé par le Conseil des droits de l'homme et qui sera discuté dans une semaine devant l'instance onusienne.

Le gouvernement, soutenu par l'aviation russe, a détruit des infrastructures civiles et est responsable de centaines de victimes. Dans certains des assauts dénoncés, des bombes à sous-munitions ont été utilisées. Les forces russes sont en cause dans deux attaques.

Les forces gouvernementales et HTS ont pillé les maisons des personnes qui ont été déplacées. Le groupe terroriste a aussi détenu, torturé et exécuté des civils aux opinions divergentes. Il a également lancé des bombardements indiscriminés de zones densément peuplées. Peu d'assistance humanitaire peut arriver dans la région contrôlée par ce groupe qui est responsable d'actes équivalant à des "crimes de guerre", affirme une membre de la Commission, Karen AbuZayd.

Les trois enquêteurs sont désormais inquiets de la détérioration de la situation en raison de la pandémie. "Les civils ont besoin d'un accès soutenu et sans entraves à une assistance humanitaire", affirme l'un d'eux, Hanny Megally. Il appelle le Conseil de sécurité de l'ONU à maintenir et étendre la possibilité d'acheminer une aide depuis d'autres pays. Il demande aussi à ceux qui ont lancé des sanctions, sans mentionner toutefois les Etats-Unis, de faire en sorte que la population ne soit pas davantage affectée.

Appel aux pays membres

En raison de la crainte du coronavirus et des "conditions désastreuses", certains reviennent même dans leurs maisons dans la zone exposée aux violences, a affirmé M. Pinheiro. Pour le moment, aucun cas n'a été identifié à Idleb, contrairement à d'autres parties de la Syrie. La Commission se penchera d'ici septembre sur de possibles violations des droits de l'homme en lien avec la pandémie. Mais il sera plus difficile de dialoguer à distance avec des témoins d'abus, admet M. Megally.

La crainte de la pandémie a contribué à une trêve dans les violences mais M. Pinheiro demande aux parties un cessez-le-feu plus durable. Et la Commission appelle encore celles-ci à ne pas cibler les civils et souhaite que les Etats membres de l'ONU approuvent des législations pour pouvoir poursuivre chez eux les responsables des différents crimes internationaux mentionnés dans le rapport.

En plus de neuf ans de conflit, des millions de personnes ont été déplacées. Des millions restent réfugiées. Les violences ont fait au total près de 390'000 victimes, selon l'ONU.

ats

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