La Liberté

27.02.2021

Affaire Khashoggi: Washington accuse le prince héritier saoudien

Une image de Jamal Khashoggi à Istanbul (archives). © KEYSTONE/AP/LEFTERIS PITARAKIS
Une image de Jamal Khashoggi à Istanbul (archives). © KEYSTONE/AP/LEFTERIS PITARAKIS
Une image de Jamal Khashoggi à Istanbul (archives). © KEYSTONE/AP/LEFTERIS PITARAKIS
Une image de Jamal Khashoggi à Istanbul (archives). © KEYSTONE/AP/LEFTERIS PITARAKIS
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27.02.2021

Les Etats-Unis ont publiquement accusé vendredi le puissant prince héritier d'Arabie saoudite d'avoir "validé" l'assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi en Turquie. Ils ont sanctionné certains de ses proches, sans aller jusqu'à punir le puissant dirigeant.

Ryad a immédiatement "rejeté totalement les conclusions fausses et préjudiciables" du rapport des services de renseignements américains, tout en appelant de ses voeux la poursuite d'un partenariat "solide et fort" avec Washington.

"Le prince héritier d'Arabie saoudite Mohammed ben Salmane a validé une opération à Istanbul, en Turquie, pour capturer ou tuer le journaliste saoudien Jamal Khashoggi", écrit le renseignement américain dans ce document de quatre pages, déclassifié à la demande du président américain Joe Biden alors que son prédécesseur à la Maison-Blanche Donald Trump l'avait gardé secret.

Le document souligne que le jeune dirigeant, surnommé MBS, disposait d'un "contrôle absolu" des services de renseignements et de sécurité, "rendant très improbable" une telle opération sans son "feu vert".

Une vingtaine de personnes impliquées

Il contient une liste d'une vingtaine de personnes impliquées dans l'opération, dont l'ex-numéro deux du renseignement saoudien Ahmed al-Assiri, proche de MBS, et l'ex-conseiller du prince Saoud al-Qahtani, tous deux blanchis par la justice de leur pays.

Le gouvernement américain a annoncé dans la foulée des sanctions financières contre le général Assiri et contre la force d'intervention rapide, une unité d'élite chargée de la protection du prince, supervisée par Saoud al-Qahtani et présentée par Washington comme étant largement impliquée dans le meurtre.

Le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken a, lui, interdit d'entrée aux Etats-Unis 76 Saoudiens, dans le cadre d'une nouvelle règle, baptisée "Khashoggi ban", ou "interdiction Khashoggi", visant toute personne accusée de s'attaquer, au nom des autorités de son pays, à des dissidents ou journalistes à l'étranger.

Bien que directement mis en cause, Mohammed ben Salmane ne fait pas partie des personnes sanctionnées. "Les Etats-Unis n'imposent généralement pas de sanctions aux plus hauts dirigeants de pays avec lesquels ils entretiennent des relations diplomatiques", a justifié le département d'Etat.

"Recalibrer" les relations avec Ryad

Le président Biden veut "recalibrer" les relations avec Ryad: il a fait savoir qu'il ne parlera personnellement qu'avec le roi Salmane et non avec son fils, interlocuteur privilégié de Donald Trump, il a mis l'accent sur les droits fondamentaux et il a arrêté le soutien américain à la coalition militaire, dirigée par les Saoudiens, qui intervient dans la guerre au Yémen.

Mais il ne veut pas de crise ouverte. "La relation avec l'Arabie saoudite est importante", a dit Antony Blinken. Les mesures annoncées, "c'est vraiment pour ne pas avoir de rupture dans les relations, mais pour les recalibrer", a-t-il plaidé.

Plusieurs personnalités, notamment à gauche, ont déploré cette prudence. La rapporteure spéciale de l'ONU sur les exécutions sommaires Agnès Callamard a aussi estimé que Washington devait sanctionner MBS.

Journaliste démembré

Critique du pouvoir saoudien après en avoir été proche, Jamal Khashoggi, résident aux Etats-Unis et chroniqueur du quotidien Washington Post, avait été assassiné le 2 octobre 2018 dans le consulat de son pays à Istanbul par un commando d'agents venus d'Arabie saoudite. Son corps, démembré, n'a jamais été retrouvé.

Après avoir nié l'assassinat, Ryad avait fini par dire qu'il avait été commis par des agents saoudiens ayant agi seuls. A l'issue d'un procès opaque en Arabie saoudite, cinq Saoudiens ont été condamnés à mort et trois autres à des peines de prison. Les peines capitales ont depuis été commuées.

Cette affaire a terni l'image du jeune prince héritier, véritable homme fort du royaume rapidement désigné par des responsables turcs comme le commanditaire du meurtre malgré les dénégations saoudiennes.

Le Sénat des Etats-Unis, qui avait déjà eu accès aux conclusions du renseignement américain, avait aussi jugé dès 2018 que le prince était "responsable" du meurtre. Mais Mike Pompeo, alors secrétaire d'Etat de Donald Trump, avait lui affirmé que le rapport de la CIA ne contenait "aucun élément direct liant le prince héritier à l'ordre de tuer Jamal Khashoggi".

Et l'ex-président républicain n'avait jamais voulu publier ce rapport ni blâmer publiquement Mohammed ben Salmane, pour préserver l'alliance avec Ryad, pilier de sa stratégie anti-Iran, premier exportateur mondial de pétrole brut, et gros acheteur d'armes américaines.

ats, afp

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